8 novembre 2018 Cédric de Solenvie

Nourrir les sols pour nourrir les hommes

Dans cette tribune, les deux auteurs invitent à se réconcilier avec le vivant et développer une approche globale de l’alimentation, qui intègre tous les enjeux comme toutes les parties prenantes.

Arnaud Daguin participera vendredi 9 novembre, au Forum Libération «A table citoyens !», une soirée de débats sur l’alimentation en région Occitanie. Inscrivez-vous ici.

Nous voulons, semble-t-il, tous la même chose: durer sur cette planète. Et il semble de plus en plus évident que le choix de notre modèle alimentaire et agricole conditionnera notre capacité à fonder une société régénératrice, donc durable. Le principal levier ? Nous réconcilier avec le vivant.

L’agroécologie, cette nouvelle alliance avec le vivant

Tout part du sol. Nos sols agricoles sont les garants de notre survie en tant qu’espèce. C’est de leur capacité à stocker et filtrer l’eau, capter le CO2 et réguler le climat, produire de la biodiversité que dépend notre résilience à tous. Cette biodiversité du sol est le moteur de la fertilité, et le carbone est son carburant premier. Elle permet une production massive et permanente de biomasse, nécessaire pour nourrir à la fois le sol, les bêtes, les hommes. Abondante et dense en nutriments, cette biomasse offre des bénéfices nutritionnels considérables et de surcroît permet de produire de l’énergie, des biomatériaux, des bioactifs…Se réconcilier avec le vivant, c’est comprendre en toute humilité son fonctionnement et engager cette spirale symbiotique et vertueuse qui fait émerger une agriculture productive et résiliente et donc prospère et optimiste. Merci à tous les pionniers, visionnaires, avant-gardistes qui, le dos criblé de flèches, ont ouvert la voie de l’agroécologie. Grace à eux, un formidable espoir est permis.

Favoriser une démarche globale, synchronisée et inclusive

Comment créer les conditions pour que l’agroécologie puisse changer d’échelle et devenir un nouveau standard ? Comme toute transformation, elle ne se décrète pas, elle se permet. L’heure est venue d’approcher notre alimentation de façon globale, et d’adresser tous les enjeux et toutes les filières de façon cohérente. Devant un rayon de supermarché, pourquoi devrions-nous choisir entre le bien-être animal, la rémunération du producteur, le respect de l’environnement ou notre santé ? Cette réconciliation avec le vivant basée sur les pratiques agroécologiques pourrait être ce fil conducteur qui permette la convergence sur un socle d’azimuts commun des multiples démarches qualité. Cette convergence est indispensable pour dénouer la défiance du consommateur. L’heure est venue de synchroniser différentes dynamiques de l’amont à l’aval. L’agronomie : consolidons les référentiels et développons les instruments qui permettront de mesurer les valeurs nutritionnelles, environnementales et économiques des produits issus de ces pratiques. Les filières : fédérons l’ensemble des acteurs de l’amont à l’aval afin de structurer des filières dédiées et faciliter l’accès au financement des agriculteurs en transition. La communication : acculturons le plus grand nombre aux enjeux des sols vivants et facilitons l’émergence d’un label agroécologique auprès du consommateur.

L’heure est venue de fédérer toutes les forces dans la bataille. Osons dépasser le débat de la répartition de valeur et engager une véritable dynamique de création de valeur, seule voie réaliste pour redresser durablement les revenus des agriculteurs. Osons intensifier la coopération entre les forces économiques, associatives et publiques et rompre avec les postures de défiance réciproques. Osons surmonter les querelles d’experts et mobiliser toutes les compétences agronomiques pour développer de nouveaux itinéraires de progrès au plus près des agriculteurs. Osons promouvoir en agriculture les principes d’open-innovation, la viralité des expérimentations, la co-innovation entre la recherche publique, les associations, les agriculteurs pionniers et les groupes privés. L’heure est venue d’agir, tous ensemble, pour une agriculture du vivant.

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https://www.liberation.fr/a-table-citoyens/2018/11/07/nourrir-les-sols-pour-nourrir-les-hommes_1690247